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Agriculture Urbaine

L'agriculture urbaine gagne du terrain

Les chiffres clés 30 novembre 2018
Partout dans le monde, l’agriculture urbaine reconquiert de l’espace vert dans les villes, allant à contre-courant de la tendance d’urbanisation. En France, où presque 80% de la population habitent dans des zones urbaines, des projets innovants en ville commencent à connaître du succès. Bien qu’ils soient loin de rendre les villes autonomes en alimentation, leur contribution est non négligeable, pouvant un jour nourrir un maximum de 10% de la population des villes du monde. Dans cet article, nous faisons le point sur le développement de l’agriculture urbaine à l’échelle mondiale et les projets installés et à venir dans la capitale française…

Les fondamentaux de l'agriculture urbaine

Selon la FAO (l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), l’agriculture urbaine et périurbaine se définit comme la culture des plantes et l’élevage des animaux « à l’intérieur et aux alentours des villes ».

Face aux idées reçues sur l’agriculture urbaine, il est important de bien connaître ses nombreux avantages et désavantages. Selon la FAO, les jardins potagers urbains peuvent être jusqu’à 15 fois plus productifs que les exploitations des zones rurales (rendement supérieur grâce à un suivi plus aisé et optimisé pour les petites surfaces). L’agriculture urbaine peut également apporter des avantages tels qu’une réduction de frais de transport, de conditionnement et d’entreposage, un accès facilité au marché et donc moins de détournement de revenus aux intermédiaires, des économies d’énergies, une source de revenus et d’emploi, une façon de lutter contre les îlots de chaleur et la pollution atmosphérique… En revanche, l’agriculture urbaine comporte aussi des risques sanitaires et environnementaux et il est possible que certains sols en ville soient pollués.

Un phénomène mondial

Des fermes verticales aux États-Unis, des potagers dans les parcs municipaux en Corée du Sud et des conteneurs d’aquaponie au Canada… ce nouveau genre d’agriculture fleurit et égaye les toits, murs et intérieurs des bâtiments dans les jungles de béton un peu partout dans le monde.

  • 800 millions de personnes pratiquent l’agriculture urbaine à l’échelle mondiale, selon la FAO. Tant dans les pays en voie de développement que dans les pays développés, l’agriculture urbaine est devenue un atout, non seulement comme source supplémentaire de nourriture et de nutriments essentiels, mais aussi comme créateur de lien social et de convivialité, et comme une source d’activité physique avantageux pour la santé.
  • Entre 367 000 km² et 641 000 km² d’espaces dans les villes du monde entier pourraient servir à produire des légumes. Cette fourchette sort d’une étude menée par des chercheurs des Universités de Pékin, de Berkeley et d’Arizona, publié dans la revue « Earth’s Future ». Les chercheurs ont utilisé  Google Earth pour définir les cultures les plus adaptées aux conditions de chaque pays.
  • 100 à 180 millions de tonnes de nourriture pourraient être produites tous les ans sur cette surface, selon la même étude. Étant donné que 6500 millions de tonnes de végétaux sont récoltées chaque année dans le monde, selon la FAO, l’agriculture urbaine ne participera pas de façon conséquente à l’approvisionnement de nourriture. Cela dit, pour certaines cultures comme les légumes secs et racinaires, l'agriculture urbaine pourrait remplir jusqu'à 10% des besoins. Au total, elle générerait entre 65 et 122 millions d'euros de revenus et donc pourrait créer de l’emploi.
  • Une facture de 125 milliards d’euros en électricité et carburant pourrait être économisée, selon l’étude, due à l’isolation des bâtiments et une réduction de transport des marchandises.

Le zoom sur Paris

En janvier 2016, 33 acteurs publics et privés ont signé la charte « Parisculteurs », un appel à projets pour végétaliser Paris et encourager l’agriculture urbaine. Lors de la première édition des Parisculteurs, plus de 140 projets ont été soumis à la Ville de Paris, qui en a retenu 33 et qui s’est chargée de trouver les sites. En juin 2018, Pénélope Komitès, adjointe à la Ville de Paris chargée des espaces verts, a annoncé la deuxième saison de Parisculteurs, qui réunit actuellement 74 acteurs. Voici les chiffres clés de l’initiative :

  • Objectif 100 hectares végétalisés dans la Ville de Paris d’ici 2020, dont un tiers consacré à l’agriculture urbaine.
  • 120 emplois à temps plein créés, selon Pénélope Komitès.En plus d’être bénéfique pour l’environnement, les projets innovateurs de Parisculteurs embauchent principalement au cœur de la communauté parisienne.
  • 500 tonnes de produits de la première saison des Parisculteurs, dont 425 tonnes de fruits et légumes, 24 tonnes de champignon, 95 kilos de miel, 30.000 fleurs et 8.000 litres de bière.
  • 1km de houblon. La première saison de Parisculteurs a vu l’installation de huit houblonnières sur 1km de murs parisiens, par exemple sur l’Opéra Bastille, afin de répondre à une demande locale de brassage. Cet octobre, la mairie de Paris a proposé 21 nouveaux sites, soit de nouveau 1km de murs. 
  • 70 exploitations agricoles déjà installées au cœur de Paris. À titre d’exemple, une ferme de 50 000 m² est présente dans le bois de Vincennes. Encore plus impressionnant, prenons deux exemples innovants : La Caverne et Agricool. Depuis septembre 2017, La Caverne, la seule ferme urbaine bio de Paris, cultive des légumes dans un parking souterrain sous des immeubles HLM dans le 18e arrondissement. La ferme urbaine produit des champignons, de l’endive blanche, du brocoli, du cresson et du radis, dont 90% de la production est consommée en Île-de-France. Quant à lui, Agricool produit des fraises par hydroponie dans des conteneurs dans la capitale.
  • 320 hectares « potentiellement végétalisables » à Paris intra-muros, dont 80 seraient « facilement végétalisables », selon l’APUR (l’Atelier parisien d’urbanisme). Pour simplifier les calculs, si on prend l’hypothèse que chaque m2 produit 5 kilos de légumes frais, sur 320 hectares, cela ferait 32.000 tonnes de légumes par an, de quoi alimenter 230.000 Parisiens.
  • 11 000 hectares nécessaires pour assurer l’autosuffisance en fruits et légumes frais de la population parisienne. Selon l’APUR, 5 000 hectares supplémentaires seraient nécessaires pour alimenter les salariés non-résidents, ce qui reviendrait à cultiver 1,5 fois la surface de Paris, sans compter les 29,3 millions de visiteurs.

En résumé, les projets d’agriculture urbaine en France se multiplient. La FAO préconise cette forme émergente de pratiques agricoles, même si elle ne constitue pas une solution suffisante aux besoins alimentaires des zones urbanisées. L’initiative Parisculteurs en est un exemple modèle… montrant que ceci peut être rentable et vertueux pour le développement durable. Ce genre d’agriculture possède un fort potentiel écologique, économique et sociétal en rétablissant le lien entre citadins et la nature et en préconisant les circuits courts.

Sources : FAO – Sciences et Avenir – France 3 Régions – APUR

Sarah Gold- Chargée de communication

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