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Les produits phytosanitaires

Les produits phytosanitaires

Quels impacts sur la biodiversité ? 29 octobre 2018
68 milliers de tonnes de produits phytosanitaires, dont le fameux glyphosate, sont utilisés en France chaque année, selon la Banque Nationale. Bien que leur impact négatif sur les êtres humains, notamment leurs propriétés cancérigènes, soit contesté, ces substances menacent irréfutablement la biodiversité qui nous entoure. En effet, au vu de leur contribution au déclin des abeilles, la France a banni les néonicotinoïdes depuis le 1er septembre 2018. Un grand nombre d’agriculteurs s’opposent à cette décision et dénoncent de même la perspective d’interdire le glyphosate. Malgré l’engagement de 81% des Français à faveur de cette interdiction, la sortie du glyphosate ne sera pas gravée dans la loi en raison de « l’absence d’alternative facile » pour les agriculteurs.

Glyphosate et néonicotinoïdes : les deux font partie de la famille phytosanitaire, désignant les produits élaborés à partir de substances chimiques en vue de soigner ou prévenir les maladies des organismes végétaux. Décriés pour leurs conséquences sur la santé et la biodiversité, ils font actuellement la une des journaux et sont devenus une source de débat houleux entre les consommateurs et les agriculteurs. Alors pourquoi le gouvernement français est-il réticent à interdire le glyphosate, ayant déjà interdit les néonicotinoïdes ?

Les néonicotinoïdes, « tueurs d'abeilles » 

Les néonicotinoïdes, présents sur le marché depuis 1994, regroupent sept insecticides : l'imidaclopride, le thiaméthoxam, la clothianidine, le thiaclopride, l'acétamipride, le dinotéfurane et le nitenpyrame. Ils sont utilisés principalement sur les cultures de betteraves, blé, colza, arbres fruitiers et vignes, et sont appliqués en enrobage des semences ou en pulvérisation pour débarrasser les cultures des chenilles, cochenilles, pucerons et insectes mangeurs de bois. 

Systémiques et neurotoxiques, les néonicotinoïdes sont absorbés par les plantes, circulant dans leur système vasculaire avant d’attaquer le système nerveux central de n’importe quel insecte pollinisateur avec lequel ils entrent en contact. Même à faible dose, l’absorption de néonicotinoïdes désoriente l’insecte, altère le sperme des mâles et entraîne la possibilité de paralysie voire la mort. De nombreuses études classent ainsi les néonicotinoïdes comme les principaux responsables de l’effondrement des populations de butineuses domestiques.

Les chiffres le confirment : depuis l’arrivée des néonicotinoïdes, les apiculteurs français constatent une augmentation de la mortalité des abeilles de 30% en moyenne. Par conséquent, la production de miel a chuté de 30 000 tonnes par an en dessous de 10 000 tonnes. Les néonicotinoïdes posent également un risque pour d’autres insectes pollinisateurs sauvages tels que le bourdon, les abeilles sauvages et certains papillons. Selon l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), la production de 84 % des espèces cultivées en Europe dépend directement des pollinisateurs. Certains aliments risquent donc de disparaître.

Outre les impacts sur la biodiversité, l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) s’inquiète des dangers pour la santé humaine. Les néonicotinoïdes se détectent dans les cours d'eau et dans les aliments, y compris dans les trois quarts des miels. Selon une étude de l'ANSES sur six néonicotinoïdes, le thiaclopride est potentiellement dangereux - cancérigène et neurotoxique - pour les humains.

La France interdit les néonicotinoïdes

En 2013, l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) mène une évaluation qui conduit la Commission européenne à imposer des restrictions sur trois néonicotinoïdes : la clothianidine, le thiaméthoxame et l’imidaclopride pour certains usages. En 2018, ces derniers sont interdits pour tous les usages sauf pour les cultures sous serre permanente ou pour le traitement de semences destinées à être utilisées sous serre permanente.

La France va encore plus loin en interdisant non trois, mais cinq néonicotinoïdes. Depuis le 1er septembre 2018, cette interdiction, prise en vertu de la loi Biodiversité de 2016, vise à protéger les insectes pollinisateurs. Cette loi ne s’applique qu’aux usages phytosanitaires et ne concerne pas l’usage dans les produits antipuces pour chiens et chats.

Une forte opposition des agriculteurs

Lors de l’interdiction des néonicotinoïdes, une grande proportion des agriculteurs a manifesté leur mécontentement, car ils devront avoir recours à des alternatives plus respectueuses de la biodiversité. Or pour eux, il n'y a tout simplement pas d'alternative aussi efficace et bon marché. De son côté, la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) assure ne pas avoir actuellement de solutions de remplacement. En revanche, selon l'ANSES, il existe des alternatives « suffisamment efficaces, et opérationnelles », chimiques ou non chimiques, pour la grande majorité des 130 usages phytosanitaires des néonicotinoïdes.

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Et le glyphosate, cancérigène ?

Le glyphosate, un puissant herbicide commercialisé par la multinationale américaine Monsanto, sous le nom de Roundup depuis 1974, est de nos jours le désherbant le plus vendu et utilisé dans le monde, avec 720 000 tonnes écoulées par an, dont 9 000 tonnes en France.

À l’origine, l’objection du grand public au glyphosate découle d’un rapport du CIRC (Centre international de recherche sur le cancer, une agence spécialisée de l’Organisation Mondiale de la Santé) publié en 2015 qui classe le glyphosate comme « cancérogène probable pour l’Homme ». Par conséquent, des acteurs, tels que la Confédération paysanne, se manifestent avec ferveur contre le glyphosate, considérant son interdiction comme « nécessaire et urgente ».

Cependant, l’EFSA (l’Agence de sécurité alimentaire européenne) a contesté – mais pas réfuté - dans la foulée cette étude et le lien de causalité entre l’exposition au glyphosate et le développement de cancer. En 2017, l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) a également nié ledit verdict, tout en clarifiant que le glyphosate pourrait par contre causer des lésions oculaires graves et toxiques sur le long terme.

Un quartier argentin empoisonné par le glyphosate

Le quartier d’Ituzaingo, situé au sud-est de Cordoba en Argentine, fait preuve des conséquences négatives du glyphosate. En 2001, Sofia Gatica crée le collectif « Madres de Ituzaingo », un groupement de mères qui établissent ensemble une liste de maladies dites « inexpliquées », qui incluent le cancer et la leucémie, dont souffrent 200 personnes sur les 5 000 habitants du quartier. Le groupe réclame ensuite une étude qui montre que le taux de cancer est 40 fois plus élevé que dans le reste de l’Argentine et que les cas de maladies respiratoires et de malformations congénitales se multiplient. Un résultat encore plus accablant émerge de l’étude : plus de 80% des enfants ont le sang empoisonné de produits chimiques. Pour ce groupe de mères, il n’y a aucun doute que l’installation de l’entreprise Monsanto et son utilisation du glyphosate sur les cultures de soja dans la région sont responsables.

Face à de telles preuves, la nature cancérigène du glyphosate reste toujours débattue par quelques-uns. Par contre, un fait demeure : de plus en plus de pays dans le monde mettent en place des restrictions ou des interdictions à son utilisation. Une raison de plus pour l’interdire : une nouvelle étude de l’Université du Texas a révélé que le glyphosate provoque l’affaiblissement du système digestif des abeilles, les rendant plus sensibles aux infections et aux bactéries nocives susceptibles de causer leur mort.

L’interdiction du glyphosate encore loin en France

Malgré tout cela, la France n’a pas réussi à graver dans la loi l’interdiction du glyphosate. Au moment du renouvellement de la licence d’exploitation du glyphosate par l'Union européenne en novembre 2017, le président français Emmanuel Macron avait promis d'interdire le glyphosate sous trois ans. Cependant, les députes de l’Assemblée nationale ont refusé d’inscrire la sortie du glyphosate d'ici 2021 dans le projet de loi Agriculture et alimentation à sa première et deuxième lecture, souhaitant d’abord qu'une solution soit trouvée pour les agriculteurs.

Ainsi, contrairement au cas des néonicotinoïdes, la voix des défenseurs du glyphosate, tels que la plupart de céréaliers, est puissante et a été entendue. Les lobbies favorables à la poursuite de son utilisation, soutenus par la FNSEA, déclarent qu’il n’existe pas d’alternative au glyphosate aussi efficace, simple et abordable. Toutefois, l’échec du gouvernement à interdire le glyphosate n’empêche pas que certains agriculteurs adoptent, de leur propre initiative, des méthodes de production bio. En effet, le marché bio français est en plein essor - il constitue le deuxième marché et la troisième surface bio d’Europe. Le nombre de producteurs bio en France a également augmenté de 13,6% en 2017.

En résumé

Si la France a gagné du terrain en interdisant les néonicotinoïdes, les insectes pollinisateurs font encore face à des menaces. Interdire le glyphosate doit être la prochaine priorité même si les agriculteurs s’opposent toujours à trouver des alternatives à cet herbicide néfaste. Il faudra franchir cet obstacle le plus tôt que possible - l’avenir des insectes pollinisateurs en dépend !

Sources : INRA (Institut national de la recherche agronomique) - Sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et "Le Figaro" - UNAF (Union nationale des apiculteurs français) – ouest-france.fr – Agence Bio

Sarah Gold- Chargée de Communication

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