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Résilience des territoires

Résilience des territoires

Un impératif pour l’urbanisme et le secteur de l’immobilier 10 décembre 2019
Synthèse issue du colloque « 4°C 2050 » organisé par notre partenaire Arp-Astrance.
Vagues de chaleur, inondations, submersions, sécheresses… face au changement climatique, à quels risques l’immobilier est-il confronté et quelles sont les solutions ?

Quel(s) constat(s) aujourd'hui ? 

Dans le monde 

 “Ce sont les enfants d’aujourd’hui, ceux des cours d’école, qui pourraient subir des étés à 50°C”. Le constat de Jean Jouzel, climatologue de renommée mondiale et membre du GIEC, est sans appel. Si l’effondrement n’est pas imminent, la plupart des continents connaîtront un réchauffement supérieur à 4 degrés d’ici la deuxième moitié du siècle. Dans ces régions, il ne sera alors plus possible de sortir l’été. 

Ce réchauffement climatique global a pour conséquence majeure l’accroissement des inégalités avec un effet direct sur l’accès au logement : les plus démunis vivront dans des logements inadaptés aux vagues de chaleur alors que les plus favorisés pourront s’en protéger. 

Dans un contexte d’urbanisation croissante où la seule construction de nouvelles villes nous conduit à franchir les 1,5 degrés supplémentaires, il devient impératif de revoir nos modes de construction. A lui seul, l’habitat représente 19% des émissions mondiales de Gaz à Effet de Serre (GES), juste derrière l’industrie (20%) et les transports (26%). L’utilisation de matériaux moins émetteurs est donc une priorité.

En France

Les bâtiments français sont particulièrement touchés par le réchauffement climatique : gonflement des sols argileux provoquant des mouvements de terrain et fragilisant les fondations ; inondations ; risques de submersion marines sur les littoraux… Même si la France est plutôt bien préparée en matière d’isolation thermique, celle-ci est très en retard sur le confort d’été. Or, si rien ne change, les habitants du pourtour méditerranéen devront faire face à des périodes de sécheresses intenses suivies d’épisodes cévenols à l’origine de graves inondations. En l’absence de bâtiments adaptés, les personnes les plus vulnérables seront gravement affectées. 

Ainsi, pour Jean Jouzel, « on joue avec le feu et avec les jeunes d’aujourd’hui » car pour chaque demi degré supplémentaire c’est moins d’un demi-million d’habitants qui seront inondés chaque année.

Quels enjeux pour l’aménagement des villes mondiales ?

La ville résiliente : l’exemple de Paris

La ville de Paris est déjà confrontée aux conséquences du réchauffement climatique : canicules, inondations liées aux crues récurrentes de la Seine, pollution de l’air (6500 morts dans le Grand Paris chaque année). Pour faire face à ces risques et en prévenir d’autres, la ville s’est dotée d’une stratégie de résilience urbaine. Sébastien Maire, délégué Général à la Transition Ecologique et à la Résilience, définit celle-ci comme « la capacité des personnes, communautés, institutions, entreprises et systèmes au sein d’une ville à survivre, s’adapter et se développer quels que soient les types de stress chroniques et de crises aiguës qu’ils subissent ». Il s’agit de penser le territoire comme un métabolisme afin d’adopter une vision holistique des projets immobiliers et d’aménagement urbain. M. Maire insiste : « la résilience ce n’est pas qu’une affaire de climat. On peut être zéro carbone demain, si on ne s’occupe pas des sols, de la biodiversité, de la cohésion sociale, on ne pourra pas s’adapter ».  Une ville comme Paris doit donc intégrer dans son quotidien les évènements qualifiés aujourd’hui de « crise ». Il devient nécessaire de croiser les enjeux inégalitaires, le risque terroriste, le dérèglement climatique, la pollution de l’air, les inondations et la gouvernance territoriale dans les choix d’aménagement urbain.

Un bâtiment résilient est donc celui qui tient compte des enjeux écologiques et sociaux, qui renforce la protection contre les chocs à venir pour ses occupants et pour la ville. Le projet « Cour d’école Oasis » est un exemple d’infrastructure résiliente assurant plusieurs fonctions : aire de jeux ; lieu végétalisé ; espace de rafraîchissement en soirée ; cour ouverte aux habitants du quartier durant les vacances scolaires.  

La gouvernance des villes 

Pour Soo-Jin Kim, analyste à l’OCDE, les villes sont les seules à détenir la solution en matière de résilience et d’adaptation. Responsables à 70% des émissions de GES, productrices de la moitié des déchets solides mondiaux et accueillant 2/3 de la population mondiale, les villes sont les plus exposées aux effets du changement climatique. Dès lors, il revient de leur responsabilité de formuler des solutions économiques et sociales. Plusieurs villes se sont déjà engagées sur cette voie. Oslo, Londres, Paris, Athènes ou Mexico donnent la priorité aux piétons dans leur stratégie d’aménagement. Burlington (USA), Yakushima (Japon) ou Dobbiaco (Italie) ont fait le pari du 100% renouvelable. En matière d’action climatique, le passage d’une gouvernance des Etats à une gouvernance des villes est donc un enjeu prioritaire.

Quelles solutions pour construire la ville de demain ?

Moriba Bengaly, Directeur Pôle Astrance chez ARP-Astrance et spécialiste en aménagement durable, a bâti avec son équipe une méthodologie en six étapes pour intégrer l’adaptation au secteur immobilier. Celle-ci consiste à identifier les champs de réflexion clés pour chaque projet et intègre plusieurs échelles d’analyse (bâtiment/quartier/usagers/interfaces…). 

De nombreuses entreprises travaillent aujourd’hui à trouver des solutions innovantes. Carole Le Gall, d’ENGIE Réseaux France, fait référence au « réseau de froid » qui évacue la chaleur des villes par voie souterraine. Jean-Éric Fournier, directeur du Développement Durable à Covivio, cite également la création d’immeubles connectés assurant une optimisation des usages. Même si cette solution est loin d’être carbone-neutre, elle assure une baisse effective des consommations d’énergie et d’émissions de GES du bâtiment.

Construire un cadre de vie résilient et adapté aux défis à venir est ainsi la mission des acteurs de l’immobilier et de la ville. L’enjeu des trente ans à venir est bien la mise au point de solutions nouvelles et rapidement appliquées à l’échelle globale. 

Anna Quenneville - Consultante Mobilité Durable

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