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Infrastructures vertes

Infrastructures vertes

La nature en ville, un atout pour l’adaptation des zones urbaines au changement climatique 10 décembre 2019
Synthèse issue du colloque « +4° 2050 » organisé par notre partenaire Arp-Astrance.
Pour comprendre l’importance du rôle joué par la nature, il faut remonter à la fin des années 1970. A cette période, la notion de “services écosystémiques” fait son entrée dans le champ des sciences sociales. Son objectif : mesurer les bénéfices rendus par la nature (production de l’oxygène de l’air, épuration naturelle des eaux, activité des pollinisateurs…). Ces services sont le résultat de “fonctions écologiques” et sont utiles pour l’espèce humaine. Ils sont généralement de quatre ordres : approvisionnement (nourriture, combustible, matériaux…) ; régulation (des inondations, du climat…) ; socio-culturels (aménité environnementale) ; de soutien (nécessaires à la production de tous les autres services). Il faut attendre 2005 et l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire, commandée par les Nations-Unies cinq ans plus tôt, pour évaluer l’ampleur et les conséquences des modifications subies par les écosystèmes. Ce rapport reconnaît scientifiquement notre dépendance à un environnement sain et préservé.

Le constat actuel

Malheureusement, depuis 2005, l’érosion de la biodiversité mondiale a continué de s’aggraver sous l’effet du réchauffement climatique. Les services écosystémiques perdent en qualité et quantité. A titre d’exemple, la disparition de certains insectes pollinisateurs a entraîné la perte d’espèces végétales, à tel point que la pollinisation se fait désormais à la main dans certaines régions du monde. “Le changement climatique n’est pas donc pas qu’une équation de carbone” précise Tolga Coskun, responsable d’activité écologique chez arp-astrance. Les pertes en biodiversité accélèrent le changement climatique qui lui-même érode les écosystèmes. Ce cercle vicieux nous impose donc la prise en compte du vivant dans les projets d’aménagement urbain.

L’Union européenne travaille à reproduire les services offerts par la nature en proposant des solutions de biomimétisme. Il s’agit de s’inspirer de la nature pour innover durablement. Même si l’homme est encore incapable de reproduire un écosystème entier, il met au point des solutions biomimétiques multifonctionnelles inspirées des interrelations présentes dans les milieux naturels.

En matière d’architecture et d’urbanisme, les infrastructures vertes sont un exemple de solutions biomimétiques. La Commission européenne les définit comme “un réseau constitué de zones naturelles et semi-naturelles et d’autres éléments environnementaux faisant l’objet d’une planification stratégique, conçu et géré aux fins de la production d’une large gamme de services écosystémiques”. Ces solutions permettent, dans certains cas, de ne plus dépendre d’infrastructures grises. En comptant sur la nature pour la production de certains services, les infrastructures vertes sont un outil incontournable de la transition écologique. Elles permettent en effet de réintroduire la nature en ville mais également d’atténuer les impacts des risques naturels résultant du changement climatique (amélioration de la qualité de l’air, réduction du débit des eaux de ruissellement, etc.). Les infrastructures vertes sont donc des éléments clés de la ville résiliente.

Les bons élèves à travers le monde

Plusieurs métropoles mondiales ont déjà mis en place ce type d’infrastructures. A Singapour, le projet “Gardens by the Bay”, achevé pour sa majeure partie en 2012, en est un exemple réussi. Ce parc de 101 hectares, situé dans le centre de la ville, s’inscrit dans la stratégie “ville-jardin” du gouvernement visant à améliorer la qualité de vie des habitants et atténuer les effets du changement climatique. Même si le parc est une infrastructure verte à part entière, puisqu’il offre des services écosystémiques socio-culturels et de régulation, les supertrees en sont une autre. Décrites comme des “jardins verticaux”, ces 18 grandes canopées mesurent entre 25 à 50 mètres de hauteur et remplissent deux fonctions essentielles. La première est d’ordre esthétique : les supertrees reproduisent l’effet des arbres dominant de la forêt tropicale ; ils protègent de la lumière et éclairent la nuit grâce aux cellules photovoltaïques intégrées. La deuxième fonction s’inscrit dans la stratégie de durabilité du parc entier : les supertrees abritent plus de 162 000 plantes dont plus de 200 espèces et variétés de broméliacées, d’orchidées, de fougères et de plantes grimpantes tropicales. 

La “ville-éponge” chinoise, Jinhua, est un autre exemple d’infrastructure verte performante. Au cœur de la ville et au confluent de deux rivières, le quartier de Yanweizhou restait sous-utilisé en raison d’inondations récurrentes. Au moyen de terrains et de plantations résistants à l’eau, des espaces résilients ont été créés pour accueillir les courants fluviaux. Ainsi, des terrasses sinueuses végétalisées, des chemins curvilignes, un pont en serpentin, des nacelles biologiques circulaires, des parterres de plantation ainsi que des bancs incurvés ont été installés à travers le site. En cas de crue, le quartier reste utilisable quotidiennement. Un pont piétonnier a été construit pour relier le quartier à la ville et circuler sur la presqu’île. Celui-ci a été conçu pour s'adapter à la dynamique des courants d'eau et des flux de personnes.

Plus proche de chez nous, la toiture biosolaire de l’Ecole Polytechnique de Lausanne a beaucoup fait parler d’elle. Grâce à l’évapotranspiration des végétaux plantés sur toute la surface, les capteurs solaires photovoltaïques sont refroidis et donc plus productifs. 

Ainsi, les infrastructures vertes apportent des bénéfices sociaux (aménité environnementale), économiques (attractivité du territoire ; coûts de fabrication réduits ; multifonctionnalité) et environnementaux (protection de la biodiversité, adaptation et atténuation). Elles s’inscrivent parfaitement dans les stratégies de résilience des villes. 

Quels efforts pour mieux se projeter ?

Toutefois, certains enjeux restent à relever pour généraliser les projets d’infrastructures vertes. Leur réussite repose sur un business model innovant dont la forme est souvent difficile à trouver. Les infrastructures vertes doivent être viables économiquement sur le long terme pour pouvoir être financées. Un effort sur la valorisation des impacts doit également être mené en s’appuyant notamment sur les nouveaux outils de mesure existants. L’enjeu de la “gentrification verte” n’est pas à écarter non plus. Les projets d’infrastructures vertes doivent concerner aussi les quartiers populaires. Enfin, la gestion du stock d’eau et le choix des espèces végétales sont à penser selon les projections climatiques de 2050.

Anna Quenneville - Consultante Mobilité Durable 

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