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Finance Responsable

Finance Responsable

nécessaire et suffisante ? 26 juin 2018
M.A.J. : Découvrez le compte-rendu des échanges lors de cet événement à la fin de l'article.

Pourquoi la finance responsable est-elle nécéssaire et pourtant insuffisante ? Comment les acteurs historiques peuvent répondre aux attentes actuelles ? Quels sont leur niveau de maturité, leurs opportunités et leurs contraintes ? Comment déployer une finance à impact « positif »

Avec Matthieu Calame, directeur @ Fondation Charles Léopold Mayer, Laurent Deydier, directeur général délégué @ Hottinguer et Cie Gestion Privée, Julia Haake, Global Head of Responsible Investment @ ISS-oekom, et Aymeric Jung, Managing Partner @ Quadia Smart Ideas.

Le mardi 26 juin 2018, de 8h30 à 10h30, au 9 avenue Percier, 75008 Paris (Métro Miromesnil).

Discussion modérée par Caroline Renoux, directrice de Birdeo et Timothée Quellard, directeur associé d'ekodev.

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M.A.J : Compte-rendu des échanges lors de la matinée

Retour sur le petit-déjeuner « Finance Responsable » organisé par ekodev et Birdeo, mardi 26 Juin dernier. Au programme, plusieurs intervenants aux parcours différents mais à l’optimisme débordant, qui nous ont présenté de manières transversales les enjeux liés à la finance verte et aux investissements responsables. 

Matthieu Calame, agronome et aujourd’hui directeur de la Fondation Charles Léopold Mayer, dresse un état des lieux, à l’échelle macroscopique, de la situation actuelle. D’après lui, notre système financier et comptable repose sur des concepts bien ancrés et pleins de contradictions. Selon Matthieu Calame, la finance responsable reflète bien ce paradoxe, mêlant recherche de revenus financiers et promotion d’initiatives environnementales. Il faut distinguer par ailleurs le concept de « Finance Responsable » qui a pour objectif de ne pas nuire et le concept de « Finance engagée » qui vise une amélioration. Nous ne sommes qu’aux prémices de ce qui peut se faire dans ce domaine, précise Matthieu Calame. D’ailleurs, depuis 2008, les banques centrales ont généré 12 000 milliards de dollars. Un chiffre à mettre en relation avec les 100 milliards de dollars nécessaires à notre société pour financer la transition énergétique. Ainsi, le problème réside moins dans l’accès aux capitaux que dans l’utilisation de ceux-ci

« Il existe des signaux positifs sur le thème de la Finance Responsable de la part d’acteurs mondiaux », poursuit Julia Haake, Global Head of Responsible Investment chez ISS-oekom. Ainsi, même aux États-Unis dans un contexte politique compliqué, des initiatives fleurissent en lien avec la finance verte (Ex : Black Rock).

Dans les années 80, les acteurs du monde religieux ont prôné la finance éthique. L’objectif était d’exclure les domaines nuisibles pour la société (armements, tabac, alcool, etc.). Dans les années 90, un phénomène initié notamment par les syndicats a permis d’influencer les politiques sur les placements des fonds de pension afin de favoriser l’activité des entreprises ayant un impact positif sur la dimension sociale. En 2015, la COP21 à Paris a entraîné un « effet démultiplicateur » par une prise de conscience du caractère urgent de notre situation. La dernière tendance est la réaction simultanée des politiques d’un côté, qui active des textes juridiques pour rendre compte des activités et des initiatives en faveur de l’environnement de la part des entreprises, et des acteurs de la finance de l’autre, qui identifient des opportunités importantes sur la thématique de la finance verte. Nous assistons aussi à l’émergence des reportings des entreprises pour communiquer sur les pratiques mises en place à destination de leurs parties prenantes : « Say what you do ».

La France a toujours une réelle longueur d’avance sur le sujet de la Finance Responsable, rappelle Julia Haake, elle est numéro 1 en Europe, notamment grâce aux investisseurs institutionnels. Malheureusement, aujourd’hui, les investissements responsables sont surtout à destination des grands investisseurs et cela est très peu adressé aux particuliers. Certaines instances essaient de changer cela en faisant la promotion de la formation des conseillers bancaires pour ce genre d’initiatives et en élargissant le domaine d’influence de la finance responsable.

Alors que traditionnellement, les salles de marchés financiers ont tendance à apporter des solutions qualitatives, mais court-termistes aux crises actuelles (alimentation, santé, énergie, environnement, etc.), « l’Impact Investing » s’attache à soutenir financièrement les projets qui apportent de vraies solutions, souligne Aymeric Jung, Managing Partner chez Quadia Smart Ideas.

Si on prend l’exemple de l’alimentation, pendant des années, des solutions court-termistes étaient proposées : l’achat de terres arables en Afrique, l’utilisation d’OGM afin d’augmenter la productivité, etc.. Désormais, des solutions à long terme et plus adaptées existent : remettre la qualité nutritionnelle au cœur de notre alimentation, réduire le gaspillage en amont ou en aval, changer nos habitudes alimentaires ultra-protéinées, etc. Ainsi, l’investissement doit se concentrer sur ces solutions. « Il vaut mieux penser le changement que changer le pansement », rappelle Aymeric Jung en citant Francis Blanche. Le principe est de créer un portefeuille d’investissement réfléchi afin de créer un système vertueux. L’investissement sert à préparer l’avenir. Il faut donc choisir entre de nouvelles perspectives et des modes de fonctionnement qui s’essoufflent. « L’impact Investing » vise à investir dans des sociétés afin d’améliorer leurs chaînes de valeur. L’enjeu est d’atténuer la vision trop répandue des entreprises qui consiste à associer finance verte et régulations contraignantes. Désormais, la finance verte doit être vue comme une source d’opportunité, d’autonomie et de résilience pour les entreprises. « Donner envie plutôt que convaincre », conclut Aymeric Jung.

Il y a 10 ans, la part des investissements responsables représentait une part minime dans leur portefeuille, aujourd’hui en revanche, cela concerne plus de 10%, constate Laurent Deydier, Directeur général délégué chez Hottinguer et Cie Gestion Privée. Ce bel essor marque une prise de conscience qui se propage progressivement au sein des institutions financières. La finance responsable et les rapports extrafinanciers sont utilisés à la fois pour se prévenir de malversations, mais sont aussi considérés comme sources de performance économique. De ce fait, il y a une tendance globale et positive vers la finance verte. D’autre part, les agences de notation extrafinancière mettent en place avec les ONG des indicateurs performants et pertinents afin de mesurer tout cela. Les institutions ont compris l’importance des enjeux actuels.

La prise de conscience de l’impact positif que peut avoir la finance sur les enjeux environnementaux tarde à se faire. Bien que certaines initiatives soient source de changement dans la sphère financière, il faut aller beaucoup plus loin dans les démarches pour marquer une profonde transformation, notamment dans les mentalités.

La finance responsable doit également être un moyen d’influencer et de favoriser la prise de conscience de masse. La dimension de la finance verte commence vraiment à émerger depuis une dizaine d’années et cela va continuer à prendre plus de place dans nos sociétés.

Le meilleur moyen de lutter contre l’optimisme et le pessimisme sur les problématiques du développement durable et sur nos capacités à affronter les défis qui nous attendent, c’est de passer à l’action.

Matthieu Calame

Paul Madoz - Consultant RSE

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