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7 idées reçues sur l’agriculture urbaine

7 idées reçues sur l’agriculture urbaine

Brisons ensemble les préjugés 07 novembre 2018
L’agriculture urbaine, souvent présentée comme une solution pour « nourrir le monde » fait de plus en plus de bruit dans les médias. Du fait de ce succès, et de ses diverses formes, elle transporte avec elle de nombreuses idées reçues.

 1. Les produits issus de l’agriculture urbaine sont pollués

Ce n’est pas toujours le cas. Certains sols peuvent être pollués et des contaminants peuvent être transférés en quantités variables dans les denrées, selon la nature des sols, les plantes cultivées, les animaux élevés et le type de contaminants.  

Des études ont montré que des concentrations en métaux lourds (plomb) et hydrocarbures (HAP, majoritairement dû aux gaz d’échappement) sont parfois supérieures à ceux des légumes du marché, mais restent toujours inférieures aux réglementations en vigueur. Les  concentrations sont notamment supérieures pour les laitues, carottes et tomates. Pour les sites industriels, les contaminants sont présents de façon très variable selon le légume et l’élément métallique. Enfin, concernant les jardiniers, il faut être très vigilants à l’ingestion possible de terre et de poussière, dont les risques sont avérés.

Concernant la pollution atmosphérique, celle-ci peut en effet contaminer les légumes. Une étude a montré que les récoltes issues de jardins situés dans des zones de fort trafic ne sont pas meilleures pour la santé comparée aux légumes que l’on trouve en supermarché. Néanmoins, la présence de barrières physiques (naturelles ou non) permet de réduire drastiquement la teneur en métaux.

Bien évidemment, les pratiques culturales et l’utilisation ou non de produits chimiques vont impacter le risque de contamination. Une agriculture responsable doit donc être privilégiée.

Il reste difficile de tirer des conclusions généralisables. Les études s’accordent tout de même sur le fait que la consommation de fruits récoltés en zone urbaine ne constitue pas un risque pour la santé humaine tant que les fruits sont minutieusement lavés. Chaque site doit être analysé et ses pollutions considérées. La conception des fermes urbaines doit suivre des recommandations afin de limiter toutes ces pollutions (distance minimale de la route, choix des cultures, usage de barrières…).

2. Les produits issus de l’agriculture urbaine sont moins riches en nutriment

FAUX. D’une manière générale, les productions agricoles sont de moins en moins riches en nutriments. Si on s’intéresse par exemple à nos besoins en vitamine A, en 1950, une pêche suffisait à les combler. Aujourd’hui avec nos pêches de supermarché, il faudrait consommer 26 pêches pour avoir les apports nécessaires! Plusieurs phénomènes en sont la cause : l’utilisation intensive de pesticides et d’herbicides, la sélection de plantes pour leur rendement, les excès d’engrais, et l’épuisement des sols dû à nos techniques agricoles modernes. En cause également : les conservateurs des fruits et légumes, ainsi que l’allongement du temps de transport qui génèrent parfois des fruits et légumes cueillis trop tôt, n’ayant pas le temps de s’enrichir des nutriments liés à l’ensoleillement.

La production urbaine est vendue très localement. La réduction des kilomètres alimentaires engendre une cueillette de fruits plus mûrs et une perte réduite en nutriment ce qui, à variété égale, fait de la production alimentaire urbaine une production plus riche en nutriments. Par ailleurs, les fermes urbaines ont un attrait particulier pour l’utilisation de variétés anciennes, rustiques, plus riches en nutriments. En effet, des études ont comparé, en système similaire, des variétés anciennes avec des variétés modernes. Elles ont montré que les variétés historiques sont bien plus riches en nutriments et donc meilleures pour notre santé.

Les fruits et légumes de milieux urbains sont plus riches en nutriments que les productions agricoles issues de milieux ruraux. Rappelons cependant que des produits agricoles BIO, locaux, de variétés rustiques et achetés en circuit court, issus de fermes en milieu rural seront tout aussi riches en nutriments que des produits issus de fermes urbaines.

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3. L’agriculture urbaine est plus vertueuse pour l’environnement que l’agriculture en milieu rural

FAUX. Une ferme en milieu rural respectueuse des écosystèmes contribuera autant voire plus à la protection de notre environnement qu’une ferme en milieu urbain à système égal (épuration de l’eau, maintien des sols, qualité de l’air, etc.). Bien entendu, un jardin potager inspiré des principes de la permaculture va être bien plus bénéfique pour l’environnement qu’une ferme en agriculture conventionnelle. Les bénéfices environnementaux des fermes urbaines peuvent être nombreux (îlots de fraîcheurs, biodiversité urbaine, lutte contre l’érosion des sols, lutte contre les inondations, etc.), mais certains systèmes questionnent encore : notamment les systèmes technologiques (hydroponie, aquaponie…) par les besoins énergétiques qu’ils nécessitent, la compétition d’usage avec l’eau potable, les intrants, etc. Il ne faut donc pas jeter la pierre à notre agriculture et favoriser les systèmes vertueux en consommant de la façon la plus responsable possible et faire les choix les plus réfléchis pour nos systèmes agricoles urbains.

4. L’agriculture urbaine est moins productive que l’agriculture en milieu rural

FAUX. Des études ont montré que le rendement, pour les productions urbaines en pleine terre par exemple, peut être comparable, voire supérieur à l’agriculture en milieu rural. Pour les cultures technologiques, les rendements peuvent parfois être supérieurs. Malheureusement, il y a souvent un décalage entre les rendements annoncés par les entreprises maitrisant ces systèmes et la réalité. En effet, ce sont des techniques agronomiques qui nécessitent de nombreuses connaissances et compétences ainsi qu’un excellent suivi. La gestion pour des systèmes en hydroponie et aquaponie montre parfois des rendements fragiles pour certaines cultures et de hauts rendements pour des cultures à haute valeur ajoutée et naturellement productive (légume feuille, herbes aromatiques). Enfin, rappelons que les surfaces productives à gérer en milieu urbain sont généralement inférieures aux surfaces productives de milieux ruraux, permettant souvent une meilleure gestion et des rendements à l’hectare supérieurs à l’agriculture rurale, mais un volume inférieur à une ferme issue de milieux ruraux.

Il ne faut pas décrier l’agriculture urbaine en termes de rendement, mais il faut garder en tête que nombreuses conditions doivent être remplies pour atteindre les rendements attendus et cela dès la conception du projet jusqu’au suivi (conditions pédoclimatiques optimales, bonne gestion des compétences, itinéraire technique maîtrisée et respectée, etc.).

5. Produire en milieu urbain est plus coûteux

FAUX. En milieu urbain, les agriculteurs peuvent obtenir des surfaces à moindre coût voire gratuitement (toiture, terrasse, friche, etc.). Ceux-ci peuvent donc avoir des coûts d’exploitation très faibles. En revanche, cela peut totalement dépendre du système utilisé. Un système technologique par exemple, peut nécessiter des coûts d’investissement très coûteux pour son installation (travaux, matériel, intrants, etc.), générant des coûts d’exploitation très élevés. Le coût de production va donc dépendre encore une fois du système et de qui paye l’investissement de départ. Il est parfois absorbé par des structures privées ou financé par des fondations. Pour des systèmes intégrés dans le bâtiment ou en pleine terre et dans une démarche d’économie circulaire (récupération de l’eau, utilisation des biodéchets, etc.), les coûts d’exploitations sont très faibles. On ne peut donc pas généraliser les coûts, qui, comme en milieu rural, dépendent entièrement du système de production choisi.

6. L’agriculture urbaine n’est pas rentable

Aujourd’hui la rentabilité des fermes urbaines est parfois fragile (liée souvent à l’investissement de départ et au décalage entre les rendements attendus et la réalité). En observant les modèles rentables aujourd’hui, il est extrêmement rare et difficile de vivre de ses seules productions. Les modèles où l’essentiel des revenus viennent des productions ont un business model reposant sur des cultures à haute valeur ajoutée ou de niche (plantes aromatiques rares, petites pousses, algues telles que la spiruline…), difficilement reproductible et rare dans l’écosystème des fermes urbaines. Toutes les fermes urbaines existantes aujourd’hui ont des revenus générés par d’autres activités (éducation & sensibilisation, formations, transformation de produits, accueil d’événements, etc.) et d’autres revenus supplémentaires sont obtenus par des organismes de type fondation ou des pouvoirs publics locaux ou régionaux. Dans pas mal de cas, ces revenus hors production dominent le budget. Pour espérer la rentabilité, il faut garder en tête que les productions ne pourront surement pas permettre à elles seules la rentabilité d’un projet d’agriculture urbaine.

7. L’agriculture urbaine va nourrir les villes

L’agriculture urbaine est un acteur clé pour nourrir les villes de demain, mais ne permettra en aucun cas l’autosuffisance alimentaire. Deux éléments sont à soulever. D’une part, les études scientifiques convergent néanmoins pour dire que les fermes urbaines pourraient nourrir au maximum 10% de la population des villes du monde. À Paris par exemple, jusqu’à 6% maximum de la consommation de fruits et légumes intramuros pourrait être assuré. D’autre part, les modèles urbains produisent des fruits et légumes choisis pour leur qualité et non pas pour leur conservation, et sont donc plus riches en nutriments. Les fermes urbaines vont donc apporter une production alimentaire de qualité et sont donc un acteur clé pour la santé humaine. Aujourd’hui nous consommons énormément de calories dites « vides », à tel point que nous pouvons combler nos besoins caloriques tout en étant sous-alimentés au niveau des nutriments. L’agriculture urbaine pourrait ramener des produits riches et frais, souvent issus de variétés anciennes « oubliées », aux consommateurs et ainsi leur permettre d’avoir une alimentation plus saine et équilibrée.

Sources :

  • INRA
  • ADEME, Agriculture urbaine, quels enjeux de durabilité ? 2017
  • Brian Halweil du World Watch Institute, Still no free lunch, 2007
  • Janine Benyus, Biomimétisme
  • Reporterre, Sciences et vie
  • Etude sur la viabilité des business modèles en agriculture urbaine dans les pays du Nord
  • Rapport final de la recherche réalisé pour le compte de l’Institut Bruxellois de Gestion de l’Environnement, Gauthier Chapelle & Charles-Edouard Jolly, 2013

Pauline Herrmann - Consultante Biodiversité

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